La souverainetĂ© numĂ©rique nâest plus un dossier juridique qui dort dans un tiroir. Pour un RSSI, câest dĂ©sormais une question de continuitĂ© dâactivitĂ©, de cybersĂ©curitĂ© et de capacitĂ© Ă garder la main quand un prestataire change les rĂšgles du jeu.
Allergique aux pavĂ©s ? VoilĂ ce qu’il faut retenir.
| Priorité | Action concrÚte | Résultat attendu |
|---|---|---|
| đ§ Cartographie | Identifier les donnĂ©es, outils, administrateurs et sous-traitants critiques | Une vision rĂ©elle des dĂ©pendances cachĂ©es |
| đ Chiffrement | Conserver les clĂ©s sensibles sous contrĂŽle exclusif de lâorganisation | Une meilleure confidentialitĂ© face aux accĂšs externes |
| đ RĂ©versibilitĂ© | Tester rĂ©guliĂšrement la sortie dâun cloud ou dâun Ă©diteur | Moins de vendor lock-in et un PRA crĂ©dible |
| đ€ IA maĂźtrisĂ©e | Encadrer les usages dâIA gĂ©nĂ©rative et proposer une alternative validĂ©e | Moins de Shadow IA et de fuites de donnĂ©es |
Souveraineté numérique : cartographier les dépendances avant de parler de cloud
Le premier piĂšge consiste Ă rĂ©duire la souverainetĂ© numĂ©rique Ă une simple question dâadresse de serveur. « Les donnĂ©es sont hĂ©bergĂ©es en France, donc tout va bien » : cette phrase rassure en comitĂ©, mais elle ne protĂšge pas grand-chose. Un environnement peut ĂȘtre physiquement localisĂ© Ă Paris, tout en restant administrĂ© depuis lâĂ©tranger, supportĂ© par une sociĂ©tĂ© soumise Ă une loi extraterritoriale ou verrouillĂ© dans une technologie impossible Ă dĂ©placer.
Le RSSI doit donc regarder plus large : donnĂ©es, applications, infrastructures, identitĂ©s, contrats, maintenance et accĂšs Ă distance. Câest la base dâune gestion des risques sĂ©rieuse. La question utile nâest pas seulement « oĂč sont nos donnĂ©es ? », mais aussi « qui peut les consulter, les dĂ©placer, les dĂ©chiffrer ou couper le service ? ». La diffĂ©rence paraĂźt minime sur un slide. Elle devient Ă©norme Ă 3 heures du matin, lors dâun incident de sĂ©curitĂ© ou dâune panne fournisseur.
Partir des processus mĂ©tier qui font rĂ©ellement tourner lâentreprise
Une bonne cartographie ne dĂ©marre pas par une liste de logiciels. Elle commence par les activitĂ©s qui ne peuvent pas sâarrĂȘter : encaissement, production, gestion des patients, paiements, logistique, communication avec les clients ou facturation. Ă ce sujet, la prĂ©paration Ă la facturation Ă©lectronique en France rappelle une rĂ©alitĂ© concrĂšte : un flux rĂ©glementĂ© devient vite une dĂ©pendance stratĂ©gique dĂšs quâil conditionne la capacitĂ© Ă facturer et Ă encaisser.
Prenons le cas fictif de MĂ©caflux, une ETI industrielle de 900 salariĂ©s. Son RSSI dĂ©couvre que lâERP est hĂ©bergĂ© dans un cloud europĂ©en, mais que son infogĂ©rant dĂ©tient un accĂšs administrateur permanent depuis un centre de support hors Union europĂ©enne. Le fournisseur de sauvegarde, lui, utilise une console SaaS opĂ©rĂ©e par un autre acteur. Sur le papier, lâentreprise a « dĂ©placĂ© ses donnĂ©es dans le cloud ». Dans les faits, elle a empilĂ© trois dĂ©pendances critiques sans les relier dans sa gouvernance IT.
Le travail utile consiste Ă classer les actifs selon leur impact : arrĂȘt de production, atteinte Ă la confidentialitĂ©, sanction rĂ©glementaire, prĂ©judice client, perte financiĂšre ou atteinte Ă la rĂ©putation. Ce classement Ă©vite le grand théùtre des projets oĂč tout devient soudainement « critique ». Non : tout nâa pas le mĂȘme niveau de sensibilitĂ©. Une base de tests anonymisĂ©e, une messagerie interne et les secrets de fabrication ne se pilotent pas avec le mĂȘme degrĂ© dâexigence.
- đïž Recenser les applications qui manipulent des donnĂ©es sensibles ou indispensables Ă lâactivitĂ©.
- đ€ Identifier les personnes et prestataires disposant de droits dâadministration.
- đ Documenter les pays depuis lesquels le support, la supervision et la maintenance sont rĂ©alisĂ©s.
- đ Relire les clauses de sortie, de portabilitĂ© et dâassistance en cas de crise.
- â ïž Associer chaque dĂ©pendance Ă un scĂ©nario de panne, de compromission ou de pression juridique.
Cette discipline nâa rien dâidĂ©ologique. Elle permet de distinguer un risque acceptable dâune faiblesse qui finira par coĂ»ter cher. Une infrastructure numĂ©rique moderne comporte nĂ©cessairement des dĂ©pendances. Lâobjectif nâest pas de vivre en autarcie derriĂšre une porte blindĂ©e. Lâobjectif est de savoir quelles dĂ©pendances sont tolĂ©rĂ©es, lesquelles doivent ĂȘtre rĂ©duites et lesquelles mĂ©ritent un plan de repli immĂ©diat.
Une souverainetĂ© numĂ©rique solide commence par une carte honnĂȘte : ce qui nâest pas identifiĂ© ne peut ni ĂȘtre protĂ©gĂ©, ni ĂȘtre remplacĂ©.

ConformitĂ©, NIS2 et DORA : transformer lâobligation rĂ©glementaire en sĂ©curitĂ© des systĂšmes
La conformitĂ© nâest pas un supplĂ©ment administratif ajoutĂ© Ă la fin dâun projet. En 2026, elle impose de prouver que lâorganisation connaĂźt ses fournisseurs, contrĂŽle ses expositions et sait rĂ©pondre Ă un incident. NIS2 Ă©largit les exigences de cybersĂ©curitĂ© pour de nombreux secteurs essentiels ou importants. DORA applique une logique particuliĂšrement exigeante aux services financiers : gestion des prestataires numĂ©riques, rĂ©silience opĂ©rationnelle et tests deviennent des sujets de direction, pas seulement des tickets de sĂ©curitĂ©.
Le RGPD ajoute une couche dĂ©terminante sur la protection des donnĂ©es personnelles. Il encadre les transferts hors de lâEspace Ă©conomique europĂ©en et demande des garanties effectives, pas une collection de cases cochĂ©es. Un contrat rempli de promesses ne vaut pas grand-chose si un prestataire peut accĂ©der Ă une base de production sans traçabilitĂ©, sous-traiter la maintenance Ă lâautre bout du monde ou dĂ©placer une sauvegarde dans une zone non prĂ©vue.
ContrĂŽler la chaĂźne de sous-traitance plutĂŽt que collectionner les certifications
Une certification est utile, mais elle ne remplace pas un contrĂŽle opĂ©rationnel. Le RSSI doit obtenir des rĂ©ponses prĂ©cises : quels sous-traitants interviennent rĂ©ellement ? OĂč sont les Ă©quipes de support ? Quels comptes privilĂ©giĂ©s existent ? Quelle procĂ©dure est appliquĂ©e en cas de demande dâune autoritĂ© Ă©trangĂšre ? Combien de temps faut-il pour restaurer une donnĂ©e ou exporter un environnement complet ? Quand personne ne sait rĂ©pondre clairement, le risque ne disparaĂźt pas. Il vient juste de se dĂ©guiser sous un logo rassurant.
Les rĂ©fĂ©rentiels et labels de cybersĂ©curitĂ© servent de repĂšres pour objectiver les dĂ©cisions. Une lecture des certifications et labels de cybersĂ©curitĂ© aide Ă Ă©viter lâamalgame habituel entre label commercial, attestation limitĂ©e et qualification adaptĂ©e aux services les plus sensibles. Pour les environnements critiques, la qualification SecNumCloud apporte un niveau dâassurance français particuliĂšrement structurant. Ă lâĂ©chelle europĂ©enne, les travaux portĂ©s par lâENISA contribuent aussi Ă faire monter le niveau dâexigence.
Chez MĂ©caflux, la revue contractuelle fait ressortir un dĂ©tail que tout le monde avait laissĂ© passer : le dĂ©lai de notification dâun incident fournisseur est fixĂ© Ă cinq jours ouvrĂ©s. Pour une fuite de donnĂ©es concernant des clients et partenaires, câest trop long. Le RSSI nĂ©gocie un mĂ©canisme dâalerte initiale sous vingt-quatre heures, une mise Ă jour rĂ©guliĂšre, lâaccĂšs aux Ă©lĂ©ments de preuve et une assistance claire pour documenter lâincident. VoilĂ de la conformitĂ© qui protĂšge rĂ©ellement lâactivitĂ©.
Le mĂȘme raisonnement doit sâappliquer aux accĂšs dâadministration. Une connexion distante de support peut ĂȘtre nĂ©cessaire, mais elle ne doit pas ĂȘtre permanente, invisible ou impossible Ă auditer. Les comptes Ă privilĂšges doivent ĂȘtre nominatifs, protĂ©gĂ©s par une authentification forte, limitĂ©s dans le temps et journalisĂ©s. Si un prestataire refuse ce cadre parce que « sa plateforme standard ne le permet pas », le problĂšme est dĂ©jĂ posĂ© : lâorganisation adapte sa sĂ©curitĂ© au fournisseur, au lieu dâexiger lâinverse.
La conformitĂ© devient alors un levier de stratĂ©gie informatique. Elle oblige Ă poser des exigences mesurables, Ă arbitrer les exceptions et Ă faire participer les achats, le juridique, la DSI et les mĂ©tiers. Le RSSI ne doit pas porter seul le poids du risque. Une dĂ©pendance critique acceptĂ©e sans plan de repli est une dĂ©cision de gouvernance, donc une dĂ©cision qui doit ĂȘtre assumĂ©e au bon niveau.
Le contrat utile nâest pas celui qui promet la sĂ©curitĂ© : câest celui qui permet de vĂ©rifier, dâalerter, dâauditer et de sortir.
Cloud souverain et chiffrement : isoler les donnĂ©es critiques sans casser lâagilitĂ©
Le dĂ©bat « cloud public contre on-premise » est souvent traitĂ© comme un match de supporters. Câest une perte de temps. Le cloud public apporte de la capacitĂ©, des services managĂ©s, de la vitesse de dĂ©ploiement et une souplesse rĂ©elle. Le rapatriement total du systĂšme dâinformation coĂ»terait cher Ă la plupart des entreprises, tout en recrĂ©ant dâautres fragilitĂ©s : dette technique, pĂ©nurie de compĂ©tences, matĂ©riel vieillissant et absence de redondance.
La bonne stratĂ©gie nâest pas de tout sortir du cloud. Elle consiste Ă segmenter. Les charges ordinaires peuvent rester dans des environnements publics, avec un cadre de sĂ©curitĂ© robuste. Les donnĂ©es les plus sensibles, les secrets industriels, les identitĂ©s Ă fort impact, les journaux de sĂ©curitĂ© ou certains traitements rĂ©glementĂ©s doivent recevoir une protection renforcĂ©e. Selon le niveau de risque, un cloud souverain, un environnement qualifiĂ© ou une infrastructure interne peut alors sâimposer.
La clé de chiffrement vaut souvent plus que le serveur
Le point qui sĂ©pare une protection sĂ©rieuse dâun dĂ©cor marketing, câest la maĂźtrise des clĂ©s. Des donnĂ©es chiffrĂ©es par le fournisseur mais dont les clĂ©s restent accessibles au fournisseur ne sont pas totalement sous le contrĂŽle du client. Pour les actifs les plus critiques, lâorganisation doit viser une dĂ©tention exclusive des clĂ©s, idĂ©alement avec un HSM, un matĂ©riel dĂ©diĂ© qui protĂšge les opĂ©rations cryptographiques et limite les manipulations non autorisĂ©es.
Cette approche demande de la rigueur. Si les clĂ©s sont mal sauvegardĂ©es, mal gĂ©rĂ©es ou perdues, lâentreprise peut sâinfliger elle-mĂȘme une indisponibilitĂ© sĂ©vĂšre. Il faut donc dĂ©finir les rĂŽles, les procĂ©dures de rotation, le stockage des secrets de secours et les rĂšgles dâaccĂšs en situation de crise. La souverainetĂ© numĂ©rique ne consiste pas Ă acheter un boĂźtier puis Ă se fĂ©liciter autour dâun cafĂ©. Elle exige une exploitation quotidienne propre.
MĂ©caflux adopte une architecture Ă trois niveaux. Les outils collaboratifs et les sites publics restent dans un cloud gĂ©nĂ©raliste. Les donnĂ©es de conception des piĂšces industrielles migrent vers un espace avec contrĂŽle renforcĂ©, chiffrement gĂ©rĂ© par lâentreprise et accĂšs conditionnel. Enfin, les sauvegardes immuables et les secrets dâadministration sont sĂ©parĂ©s dans un environnement distinct. Ce dĂ©coupage nâest pas glamour, mais il limite le rayon dâexplosion en cas de compromission.
| Niveau dâactif | Environnement adaptĂ© | ContrĂŽle indispensable |
|---|---|---|
| đą Outils bureautiques standards | Cloud public encadrĂ© | MFA, journalisation, clauses de rĂ©versibilitĂ© |
| đ DonnĂ©es mĂ©tier sensibles | Cloud europĂ©en ou souverain selon le risque | Chiffrement, contrĂŽle des accĂšs, audit fournisseur |
| đŽ Secrets industriels et identitĂ©s critiques | Environnement qualifiĂ© ou interne segmentĂ© | HSM, accĂšs privilĂ©giĂ©s temporaires, sauvegardes isolĂ©es |
Lâopen source peut aussi rĂ©duire certaines dĂ©pendances, Ă condition de ne pas le traiter comme un talisman. Utiliser un composant ouvert sans Ă©quipe capable de le maintenir, le corriger et le sĂ©curiser revient simplement Ă dĂ©placer la dĂ©pendance. En revanche, des standards ouverts, des formats exportables et des briques maĂźtrisĂ©es amĂ©liorent la rĂ©versibilitĂ©. Cette approche est dĂ©taillĂ©e dans ce contenu sur lâopen source au service de la souverainetĂ© numĂ©rique.
La vraie question nâest pas « quel cloud choisir ? », mais « quelles donnĂ©es doivent rester sous un contrĂŽle technique exclusif ? »
RĂ©versibilitĂ© et PRA : empĂȘcher le vendor lock-in de devenir une prise dâotage
Une entreprise nâest pas libre parce quâelle a signĂ© trois contrats cloud. Elle est libre lorsquâelle peut dĂ©placer une charge critique, restaurer ses donnĂ©es et poursuivre son activitĂ© malgrĂ© la panne ou la dĂ©faillance dâun acteur majeur. Le vendor lock-in, cette dĂ©pendance qui rend un fournisseur quasi impossible Ă quitter, se construit lentement : formats propriĂ©taires, frais de sortie imprĂ©vus, API spĂ©cifiques, compĂ©tences absentes et donnĂ©es Ă©parpillĂ©es.
Le problĂšme apparaĂźt souvent trop tard. Les Ă©quipes construisent vite, utilisent les services les plus pratiques du moment, puis dĂ©couvrent trois ans aprĂšs que la migration coĂ»terait plusieurs centaines de milliers dâeuros et six mois dâefforts. Ă ce stade, le fournisseur peut augmenter ses tarifs, modifier ses conditions ou imposer une Ă©volution technique. Lâentreprise discute, mais elle ne nĂ©gocie plus vraiment : elle est attachĂ©e au siĂšge.
Tester la sortie au lieu de la promettre
Le plan de reprise dâactivitĂ©, ou PRA, doit rĂ©pondre Ă des questions brutales : quel service redĂ©marre en premier ? En combien de temps ? Avec quelles donnĂ©es ? Sur quelle infrastructure ? Qui dĂ©cide de basculer ? Une ligne dans un document nâest pas un PRA. Un test de restauration, une simulation de perte dâaccĂšs cloud et un exercice de crise impliquant les mĂ©tiers, voilĂ un PRA qui commence Ă tenir debout.
Pour MĂ©caflux, lâexercice est simple : simuler lâindisponibilitĂ© pendant quarante-huit heures de son principal environnement cloud. La premiĂšre surprise tombe vite. Les sauvegardes existent, mais leur restauration dĂ©pend dâun compte administrateur fĂ©dĂ©rĂ© au mĂȘme annuaire que la production. Si lâannuaire est compromis, la sauvegarde devient difficilement accessible. DeuxiĂšme surprise : une application mĂ©tier utilise une base managĂ©e avec des fonctions propriĂ©taires. Elle ne peut pas ĂȘtre restaurĂ©e telle quelle dans lâenvironnement secondaire.
Ce type de test ne sert pas Ă humilier les Ă©quipes. Il sert Ă sortir du fantasme. Ensuite, les corrections sont concrĂštes : crĂ©er des comptes de secours isolĂ©s, conserver des exports dans des formats standards, prĂ©voir des procĂ©dures de restauration documentĂ©es, chiffrer les sauvegardes, et tester le temps rĂ©el nĂ©cessaire. Le RSSI doit mesurer le RTO, le dĂ©lai acceptable de reprise, et le RPO, la quantitĂ© maximale de donnĂ©es que lâentreprise peut accepter de perdre. Sans ces objectifs validĂ©s par les mĂ©tiers, personne ne sait vraiment ce quâil faut protĂ©ger.
- đ VĂ©rifier que les donnĂ©es peuvent ĂȘtre exportĂ©es dans un format exploitable.
- đ¶ Chiffrer les coĂ»ts de sortie, de transfert et de reconstruction hors du fournisseur.
- đ§Ș Organiser au moins un test annuel de bascule pour les services critiques.
- đĄïž Isoler les sauvegardes de la production pour rĂ©sister aux ransomwares.
- đ PrĂ©voir une cellule de crise avec DSI, RSSI, mĂ©tiers, juridique et communication.
La sĂ©curitĂ© des systĂšmes dĂ©pend aussi de lâinteropĂ©rabilitĂ© des outils. Une flotte de solutions qui ne partagent ni Ă©vĂ©nements, ni identitĂ©s, ni contexte dâalerte ralentit la rĂ©ponse Ă incident. Dans une crise, un tableau de bord rempli de jolis indicateurs ne sert Ă rien si les analystes doivent ouvrir sept consoles pour comprendre qui a accĂ©dĂ© Ă quoi. Centraliser les journaux, normaliser les identitĂ©s et documenter les dĂ©pendances techniques accĂ©lĂšrent les dĂ©cisions.
Un fournisseur devient un partenaire acceptable le jour oĂč son remplacement a Ă©tĂ© testĂ©, chiffrĂ© et prĂ©parĂ©.
Shadow IA et gouvernance IT : protéger les données sans bloquer les équipes
Lâintelligence artificielle gĂ©nĂ©rative a ouvert une nouvelle fuite potentielle dans les organisations : la Shadow IA. Un commercial colle une liste de prospects dans un assistant public pour rĂ©diger un message. Un dĂ©veloppeur transmet un extrait de code pour dĂ©boguer une fonction. Un financier demande une synthĂšse dâun prĂ©visionnel. Ces gestes semblent anodins, mais ils peuvent exposer des donnĂ©es clients, du code, des informations financiĂšres ou des Ă©lĂ©ments stratĂ©giques Ă un service externe non validĂ©.
Interdire tous les outils dâIA ne fonctionne pas. Les Ă©quipes contourneront la rĂšgle, parce quâelles y voient un gain de temps. Lâapproche efficace repose sur un cadre simple, des alternatives opĂ©rationnelles et une communication directe. Le RSSI doit expliquer ce qui est interdit, ce qui est autorisĂ©, quelles donnĂ©es ne doivent jamais sortir et quelle solution interne utiliser Ă la place. Une charte de quinze pages que personne ne lit ne vaut pas une consigne claire intĂ©grĂ©e aux outils quotidiens.
Donner une solution maĂźtrisĂ©e pour couper lâherbe sous le pied du contournement
La gouvernance IT doit proposer un catalogue : assistant conversationnel validĂ©, environnement isolĂ© pour le code, rĂšgles de pseudonymisation, journalisation des usages et validation pour les cas sensibles. Si lâentreprise demande aux Ă©quipes dâĂȘtre plus productives, elle doit leur fournir une voie sĂ»re. Sinon, la Shadow IA gagne Ă tous les coups, avec la rĂ©gularitĂ© dâune fuite dâeau derriĂšre un faux plafond.
Chez MĂ©caflux, un audit des navigateurs et des flux rĂ©seau identifie plusieurs outils dâIA utilisĂ©s sans validation. Au lieu de sanctionner Ă lâaveugle, le RSSI organise des ateliers avec les mĂ©tiers. Les utilisateurs expliquent leurs besoins : synthĂšse de documents, aide Ă la rĂ©daction, traduction, analyse de code. Lâentreprise dĂ©ploie ensuite une solution encadrĂ©e, avec interdiction dây envoyer des donnĂ©es identifiantes ou des secrets industriels, et avec une procĂ©dure de demande pour les usages Ă haut risque.
La confidentialitĂ© passe aussi par le paramĂ©trage. Il faut vĂ©rifier les conditions dâutilisation, les durĂ©es de conservation, la rĂ©utilisation Ă©ventuelle des contenus pour entraĂźner les modĂšles, les mĂ©canismes dâauthentification et le niveau de journalisation. Une IA hĂ©bergĂ©e localement nâest pas automatiquement sĂ»re ; une IA externe nâest pas automatiquement inutilisable. Tout dĂ©pend des donnĂ©es traitĂ©es, du contrat, des contrĂŽles techniques et de la capacitĂ© de lâorganisation Ă prouver ce quâelle fait.
Le sujet rejoint la stratĂ©gie informatique globale. Les directions gĂ©nĂ©rales demandent de lâinnovation, les mĂ©tiers veulent aller vite, et les RSSI doivent Ă©viter que cette vitesse transforme le patrimoine informationnel en buffet Ă volontĂ©. Le bon arbitrage ne se fait pas avec un slogan anti-technologie. Il se fait par classification des donnĂ©es, analyse des risques, contrĂŽle des accĂšs et formation ciblĂ©e.
Un dernier point mĂ©rite dâĂȘtre dit franchement : la souverainetĂ© numĂ©rique ne relĂšve pas seulement de la DSI. Les achats choisissent des prestataires, le juridique valide des clauses, les mĂ©tiers adoptent des services, la direction accepte des risques. Le RSSI apporte la mĂ©thode et alerte sur les angles morts, mais la rĂ©silience ne se dĂ©lĂšgue pas Ă une seule personne. Une entreprise qui traite ce sujet comme un dossier technique se prĂ©pare Ă dĂ©couvrir le problĂšme au pire moment.
La souverainetĂ© numĂ©rique nâempĂȘche pas dâinnover : elle Ă©vite simplement que lâinnovation parte avec les donnĂ©es par la porte de service.
La souverainetĂ© numĂ©rique impose-t-elle dâabandonner le cloud public ?
Non. Une approche réaliste consiste à conserver le cloud public pour les usages compatibles avec le niveau de risque, puis à isoler les données, secrets et services les plus critiques dans des environnements renforcés, qualifiés ou internes.
Pourquoi le Cloud Act est-il un sujet pour un RSSI français ?
Le Cloud Act peut permettre aux autoritĂ©s amĂ©ricaines de demander des donnĂ©es Ă des entreprises amĂ©ricaines, y compris lorsque les donnĂ©es sont hĂ©bergĂ©es hors des Ătats-Unis. Le RSSI doit donc Ă©valuer la juridiction applicable, les accĂšs dâadministration et les garanties contractuelles et techniques.
Quel est le premier livrable Ă produire ?
Une cartographie des dépendances critiques : applications, données, fournisseurs, sous-traitants, accÚs privilégiés, localisations de support, clauses de réversibilité et scénarios de panne. Sans cette vue, les priorités restent théoriques.
Comment limiter la Shadow IA sans bloquer les métiers ?
Il faut proposer des outils validés, établir des rÚgles simples sur les données interdites, former les utilisateurs et contrÎler les usages sensibles. Une interdiction sans alternative encourage le contournement.



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