L’Alliance de la presse d’information gĂ©nĂ©rale saisit l’AutoritĂ© de la concurrence suite au dĂ©ploiement des nouvelles fonctionnalitĂ©s IA de Google

l'alliance de la presse d'information générale saisit l'autorité de la concurrence en réaction aux nouvelles fonctionnalités d'intelligence artificielle déployées par google, soulevant des questions sur la régulation et la concurrence dans le secteur.

Le bras de fer entre les Ă©diteurs et Google monte d’un cran : l’Alliance de la presse demande Ă  l’AutoritĂ© de la concurrence d’intervenir aprĂšs le dĂ©ploiement d’AI Overviews et d’AI Mode en France. Le sujet n’est pas l’existence de l’intelligence artificielle, mais la façon dont les contenus journalistiques sont absorbĂ©s, rĂ©sumĂ©s et monĂ©tisĂ©s.

Allergique aux pavĂ©s ? VoilĂ  ce qu’il faut retenir.

Point Ă  retenirCe que cela change concrĂštement
✅ AI Overviews arrive avant les liensLes rĂ©ponses gĂ©nĂ©rĂ©es par Google peuvent capter l’attention et rĂ©duire les clics vers les articles sources.
⚖ Les Ă©diteurs contestent la mĂ©thodeL’Alliance de la presse reproche un lancement sans accord prĂ©alable sur l’usage de ses contenus.
đŸ’¶ Le droit voisin reste le nerf de la guerreLa presse rĂ©clame autorisation, transparence et rĂ©munĂ©ration adaptĂ©e Ă  la valeur créée.
🔎 Les sites doivent mesurer leur expositionTrafic organique, requĂȘtes informatives et citations dans les rĂ©ponses IA deviennent des mĂ©triques Ă  surveiller.

Pourquoi l’Alliance de la presse saisit l’AutoritĂ© de la concurrence face aux fonctionnalitĂ©s IA de Google

L’Alliance de la presse d’information gĂ©nĂ©rale, qui rĂ©unit plus de 300 titres de presse nationale, rĂ©gionale et locale, a saisi l’AutoritĂ© de la concurrence aprĂšs l’arrivĂ©e des nouveaux services IA de Google en France. Le point de dĂ©part est clair : le 22 juillet, le moteur a dĂ©ployĂ© AI Overviews et AI Mode, deux interfaces qui transforment la recherche classique en conversation synthĂ©tique.

AI Overviews affiche une rĂ©ponse produite par Gemini directement dans la page de rĂ©sultats, souvent avant les liens bleus habituels. AI Mode, lui, pousse la logique encore plus loin : l’utilisateur pose une question, enchaĂźne les demandes, compare des options et reçoit une rĂ©ponse structurĂ©e dans une interface qui rappelle les assistants conversationnels. Pratique pour l’internaute ? Souvent, oui. Sans consĂ©quence pour les mĂ©dias ? Certainement pas.

Le problĂšme tient dans une mĂ©canique trĂšs simple. Une personne cherche « comment fonctionne le droit voisin », « quels sont les risques d’une canicule » ou « rĂ©sultats d’une Ă©lection locale ». Jusqu’ici, elle obtenait des liens, des extraits et choisissait une source. Avec les fonctionnalitĂ©s IA, Google peut fournir une rĂ©ponse largement suffisante pour Ă©viter le clic. Or c’est ce clic qui finance une partie de la production Ă©ditoriale, via l’abonnement, la publicitĂ©, la rĂ©putation de marque ou la fidĂ©lisation.

L’Apig ne prĂ©tend pas que toute synthĂšse est interdite. Son grief porte sur le dĂ©ploiement unilatĂ©ral de nouveaux usages des contenus de presse. Selon l’organisation, les Ă©diteurs ont reçu une proposition de mise Ă  jour de leur contrat de licence, mais sans nĂ©gociation pleinement aboutie avant la mise en ligne des services. La seule porte de sortie technique proposĂ©e reviendrait, dans les faits, Ă  limiter fortement la visibilitĂ© d’un mĂ©dia dans Google. VoilĂ  le nƓud du dossier : accepter l’usage IA ou devenir moins visible. C’est une nĂ©gociation avec un pistolet posĂ© sur la table.

Le contexte juridique pĂšse lourd. La loi française de 2019 sur les droits voisins impose une autorisation et une rĂ©munĂ©ration lorsque les plateformes exploitent les contenus de presse. Google est aussi tenu, jusqu’en juillet 2027, par des engagements issus d’une dĂ©cision de l’AutoritĂ© de la concurrence rendue obligatoire en 2022 : nĂ©gocier de bonne foi, fournir des informations transparentes et Ă©viter les traitements discriminatoires entre Ă©diteurs.

Cette obligation n’a rien d’anecdotique. En mars 2024, l’AutoritĂ© avait dĂ©jĂ  sanctionnĂ© Google Ă  hauteur de 250 millions d’euros pour ne pas avoir respectĂ© certains de ces engagements. Quand le mĂȘme acteur lance une nouvelle couche d’intelligence artificielle fondĂ©e sur des contenus Ă©ditoriaux, la vigilance n’est pas du théùtre administratif : c’est la suite logique d’un dossier dĂ©jĂ  chargĂ©.

Pour visualiser le sujet, prenons le cas fictif de « La Gazette du Littoral », quotidien local qui publie une enquĂȘte sur un projet immobilier controversĂ©. Si une rĂ©ponse IA reprend les faits essentiels, la chronologie, les chiffres et les positions des Ă©lus, l’internaute peut repartir sans lire l’enquĂȘte complĂšte. Pourtant, les informations ne sont pas tombĂ©es du ciel : elles proviennent d’un journaliste, de jours d’appels, de dĂ©placements et de vĂ©rifications. La valeur est créée en amont, mais l’attention risque d’ĂȘtre captĂ©e au dernier kilomĂštre.

Ce dossier dĂ©passe donc largement une querelle technique entre professionnels du web. Il pose une question brutale : qui finance l’information lorsque les technologies numĂ©riques rendent son accĂšs immĂ©diat, synthĂ©tique et parfois dĂ©tachĂ© de la marque qui l’a produite ? La rĂ©ponse dĂ©pendra moins des promesses marketing que de la capacitĂ© de la rĂ©gulation Ă  imposer un cadre net.

l'alliance de la presse d'information générale saisit l'autorité de la concurrence pour contester les nouvelles fonctionnalités d'intelligence artificielle déployées par google, soulevant des enjeux majeurs pour le secteur de l'information.

AI Overviews et AI Mode : comment Google change la circulation de l’information en ligne

Google ne se contente plus de diriger les internautes vers le web : avec AI Overviews et AI Mode, il organise, reformule et hiĂ©rarchise une partie de l’information avant mĂȘme la visite d’un site. Cette bascule change la nature du moteur. La recherche historique fonctionnait comme un carrefour ; la recherche gĂ©nĂ©rative fonctionne davantage comme un comptoir de service oĂč la rĂ©ponse est livrĂ©e avant que l’utilisateur voie les Ă©tals.

AI Overviews s’insĂšre en haut des rĂ©sultats sur certaines requĂȘtes. Il peut expliquer un phĂ©nomĂšne, comparer des options, prĂ©parer une liste d’étapes ou rĂ©sumer une actualitĂ©. Des liens et des sources peuvent ĂȘtre affichĂ©s, mais leur rĂŽle visuel devient secondaire : l’Ɠil lit la synthĂšse, pas nĂ©cessairement les rĂ©fĂ©rences. Et entre une citation discrĂšte et un lien ouvert, il y a un gouffre en matiĂšre de trafic.

AI Mode vise les recherches plus complexes. L’utilisateur peut demander : « compare les mesures Ă©conomiques annoncĂ©es cette semaine », puis poursuivre avec « quels secteurs seront touchĂ©s ? » et « donne-moi les sources françaises ». Le systĂšme construit une conversation, agrĂšge des pages indexĂ©es et livre une rĂ©ponse composĂ©e. Le bĂ©nĂ©fice utilisateur est Ă©vident. Mais la logique de distribution, elle, devient beaucoup plus opaque pour l’éditeur.

Un mĂ©dia ne peut pas piloter ce qu’il ne mesure pas. Les Ă©quipes SEO et audience doivent donc arrĂȘter de regarder uniquement la position moyenne dans Google Search Console. Une page peut rester en premiĂšre position tout en perdant des visites si un encadrĂ© IA rĂ©pond avant elle. L’indicateur de position garde une utilitĂ©, mais il ne raconte plus toute l’histoire.

Les signaux à surveiller aprÚs le déploiement des réponses IA

Pour une rĂ©daction ou un Ă©diteur, le bon rĂ©flexe consiste Ă  crĂ©er un tableau de suivi dĂ©diĂ© aux requĂȘtes informationnelles. Il faut isoler les sujets oĂč le site publie des contenus Ă  forte valeur : santĂ©, Ă©conomie, droit, politique locale, consommation, environnement, guides pratiques. Ce sont prĂ©cisĂ©ment les terrains oĂč une rĂ©ponse synthĂ©tique peut satisfaire une intention de recherche sans dĂ©clencher de visite.

  • 📉 Comparer les clics et impressions sur les requĂȘtes avant et aprĂšs l’apparition d’un aperçu IA.
  • 🔍 RepĂ©rer les requĂȘtes Ă  zĂ©ro clic, notamment les questions simples et les dĂ©finitions.
  • 🧭 Suivre le taux de clic des pages pourtant bien positionnĂ©es dans les rĂ©sultats classiques.
  • 📰 Tester les citations de marque : une source est-elle citĂ©e clairement ou noyĂ©e parmi d’autres ?
  • 💡 Renforcer les contenus impossibles Ă  rĂ©sumer, avec documents, expertise locale, outils et analyses propriĂ©taires.

Le piĂšge serait de conclure que tout contenu explicatif ne sert plus Ă  rien. C’est faux. Un article solide reste une source potentielle pour les systĂšmes gĂ©nĂ©ratifs, et il nourrit l’autoritĂ© d’un mĂ©dia. En revanche, produire cent pages interchangeables sur des requĂȘtes gĂ©nĂ©riques devient encore moins rentable. Le web a dĂ©jĂ  connu cette correction avec les fermes de contenu ; la recherche IA accĂ©lĂšre simplement le tri.

Les Ă©diteurs qui tirent leur Ă©pingle du jeu construisent des formats Ă  forte densitĂ© : enquĂȘtes documentĂ©es, cartes locales, donnĂ©es mises Ă  jour, interviews, comparateurs, chronologies et dĂ©cryptages humains. Une IA peut rĂ©sumer une dĂ©claration. Elle ne remplace pas facilement le travail qui consiste Ă  obtenir cette dĂ©claration, Ă  vĂ©rifier son contexte et Ă  la confronter Ă  des faits.

Le sujet des recettes publicitaires gĂ©nĂ©rĂ©es ou influencĂ©es par les modĂšles mĂ©rite lui aussi une attention sĂ©rieuse. Les professionnels peuvent prolonger cette rĂ©flexion avec cette analyse sur l’évolution des revenus publicitaires liĂ©s Ă  l’IA. DerriĂšre l’innovation, il y a toujours le mĂȘme arbitrage : qui rĂ©cupĂšre l’attention, qui garde la donnĂ©e et qui encaisse la valeur ?

La visibilitĂ© ne se rĂ©sume plus Ă  apparaĂźtre dans Google : il faut dĂ©sormais vĂ©rifier si Google laisse rĂ©ellement l’internaute sortir de Google.

Droit voisin et rĂ©gulation : ce que la presse d’information gĂ©nĂ©rale rĂ©clame rĂ©ellement

Le dĂ©bat est parfois caricaturĂ© : d’un cĂŽtĂ©, l’innovation ; de l’autre, une presse qui voudrait freiner les outils numĂ©riques. Cette lecture est commode, mais elle rate le sujet. L’Alliance de la presse ne demande pas la disparition d’AI Overviews ou d’AI Mode. Elle conteste les conditions dans lesquelles Google utilise les contenus produits par les rĂ©dactions pour faire fonctionner ces services.

Le droit voisin a Ă©tĂ© conçu pour rĂ©pondre Ă  un dĂ©sĂ©quilibre ancien. Les plateformes numĂ©riques diffusent, rĂ©fĂ©rencent ou valorisent des extraits de presse, tandis que les Ă©diteurs supportent les coĂ»ts de production de l’information. La loi de 2019 vise donc Ă  rééquilibrer la relation par une rĂ©munĂ©ration et une nĂ©gociation encadrĂ©e. C’est une question de chaĂźne de valeur, pas de nostalgie du papier.

Dans le dossier actuel, l’Apig insiste sur trois Ă©lĂ©ments : une autorisation prĂ©alable, une nĂ©gociation transparente et une rĂ©munĂ©ration spĂ©cifique pour les nouveaux usages gĂ©nĂ©ratifs. Il ne suffit pas de recycler un contrat conçu pour l’affichage de liens ou d’extraits classiques si l’usage change profondĂ©ment. Une rĂ©ponse gĂ©nĂ©rĂ©e par Gemini n’est pas une simple page de rĂ©sultats enrichie : elle reformule des informations, rĂ©pond Ă  la place des sources et peut modifier les parcours de lecture.

La concurrence entre en jeu parce que Google occupe une place structurelle dans l’accĂšs Ă  l’information sur le web. Un petit quotidien rĂ©gional, un pure player spĂ©cialisĂ© et un grand groupe de presse n’abordent pas la nĂ©gociation avec le mĂȘme poids. Quand la visibilitĂ© dĂ©pend largement d’un intermĂ©diaire incontournable, une option technique qui conduit Ă  disparaĂźtre des rĂ©sultats n’a rien d’un choix parfaitement libre.

Cette asymĂ©trie explique l’intervention de l’AutoritĂ© de la concurrence. Son rĂŽle n’est pas de dĂ©cider si un rĂ©sumĂ© est bien Ă©crit ou si une interface est agrĂ©able. Elle examine la façon dont une entreprise puissante respecte ses obligations, traite ses partenaires et maintient des conditions Ă©quitables sur un marchĂ©. AprĂšs la sanction de 250 millions d’euros infligĂ©e en 2024, l’enjeu est aussi celui de la crĂ©dibilitĂ© des engagements pris.

Les technologies numĂ©riques ont souvent avancĂ© plus vite que les rĂšgles. Les rĂ©seaux sociaux ont bouleversĂ© la distribution de l’information avant que les mĂ©dias ne comprennent l’ampleur de leur dĂ©pendance. Les plateformes vidĂ©o ont dĂ©placĂ© une partie des budgets. La recherche gĂ©nĂ©rative peut reproduire ce schĂ©ma, avec une diffĂ©rence : elle intervient directement au point d’entrĂ©e du web, lĂ  oĂč l’intention est la plus chaude.

Un contrat équilibré devrait donc prévoir des mécanismes concrets. Quels contenus servent à générer les réponses ? Comment les éditeurs peuvent-ils contrÎler les usages ? Quelle part de revenus ou de valeur leur revient ? Comment un retrait est-il proposé sans couper le média du public ? Sans réponses traçables, la promesse de dialogue reste un panneau décoratif.

Les entreprises qui travaillent sur l’automatisation et les donnĂ©es connaissent bien ce besoin de cadre. Un outil n’est jamais neutre lorsqu’il restructure des flux commerciaux ou Ă©ditoriaux. La mĂȘme logique s’observe dans les projets de pilotage de l’IA dans les ERP et CRM : la performance vient d’une gouvernance claire, pas d’un bouton magique installĂ© sans rĂšgles.

La rĂ©gulation ne bloque pas l’innovation lorsqu’elle impose un partage de valeur ; elle Ă©vite surtout qu’un acteur transforme l’innovation en pĂ©age obligatoire.

Quels risques concrets les résumés IA de Google font peser sur les éditeurs de presse

Le premier risque est visible dans les courbes d’audience : moins de clics sur les articles qui rĂ©pondent Ă  des questions factuelles. Un lecteur qui obtient en quelques lignes les rĂ©sultats d’un match, les mesures annoncĂ©es dans un budget ou les principales Ă©tapes d’une rĂ©forme peut juger la visite inutile. Ce comportement est rationnel Ă  l’échelle de l’utilisateur, mais destructeur s’il devient massif Ă  l’échelle d’une rĂ©daction.

Le deuxiĂšme risque est plus discret : la dilution de la marque. Lorsqu’une information apparaĂźt reformulĂ©e dans une rĂ©ponse d’intelligence artificielle, le public ne retient pas forcĂ©ment qui a enquĂȘtĂ©, produit l’analyse ou publiĂ© le chiffre initial. La source existe parfois sous forme de lien, mais l’expĂ©rience de lecture attribue naturellement la rĂ©ponse Ă  Google. Pour un mĂ©dia, perdre le clic est grave ; perdre la reconnaissance l’est encore davantage.

Le troisiĂšme danger concerne la qualitĂ© informationnelle. Une synthĂšse peut aplatir les nuances, juxtaposer des sources contradictoires ou prĂ©senter une information datĂ©e comme actuelle. Sur une requĂȘte liĂ©e Ă  la santĂ©, au droit ou Ă  une crise locale, le raccourci peut faire des dĂ©gĂąts. Les rĂ©dactions ne sont pas infaillibles, mais elles ont des mĂ©thodes de correction, des signatures, une responsabilitĂ© Ă©ditoriale et des contacts identifiables.

Le cas de la Gazette du Littoral : une audience qui semble stable, mais qui s’effrite

Reprenons « La Gazette du Littoral ». Son Ă©quipe observe que les impressions Google progressent de 18 % sur trois mois. Bonne nouvelle ? Pas forcĂ©ment. Dans le mĂȘme temps, les clics vers ses articles explicatifs baissent de 14 %, car les rĂ©ponses IA prennent la place la plus visible sur plusieurs requĂȘtes locales. Le site apparaĂźt davantage, mais il convertit moins cette exposition en lecteurs.

Le directeur numĂ©rique regarde alors les pages les plus touchĂ©es. Ce ne sont pas les enquĂȘtes exclusives ni les reportages de terrain, mais les articles pratiques : horaires de transports, procĂ©dures administratives, explications de dĂ©cisions municipales. Pourtant, ces formats jouent un rĂŽle essentiel : ils font entrer les lecteurs dans l’univers du journal et nourrissent les abonnements Ă  long terme.

La bonne rĂ©action n’est pas de gonfler artificiellement le trafic avec des pages faibles ou des signaux manipulĂ©s. Ce genre de bricolage finit toujours par laisser des traces. Il faut consolider les actifs Ă©ditoriaux : des fiches locales mises Ă  jour, des auteurs visibles, des liens vers les documents originaux, des services utiles et une architecture qui fait circuler le lecteur d’un contenu pratique vers l’enquĂȘte approfondie.

Un Ă©diteur doit aussi diffĂ©rencier les requĂȘtes. Une dĂ©finition simple peut ĂȘtre absorbĂ©e par un rĂ©sumĂ© IA. Une enquĂȘte sur un marchĂ© public, une carte des travaux en cours, un simulateur d’aide locale ou un dossier enrichi de tĂ©moignages garde une utilitĂ© forte. Le contenu qui a du ventre rĂ©siste mieux que le contenu qui se contente de rĂ©pĂ©ter ce que dix sites ont dĂ©jĂ  reformulĂ©.

Les mĂ©dias doivent Ă©galement demander des preuves. Google peut communiquer sur les clics envoyĂ©s au web dans son ensemble ; chaque titre doit pouvoir examiner ses propres donnĂ©es, catĂ©gorie par catĂ©gorie, requĂȘte par requĂȘte. Sans granularitĂ©, les moyennes cachent tout. Une hausse du trafic direct peut masquer une chute sĂ©vĂšre sur les contenus qui contribuaient Ă  l’acquisition de nouveaux abonnĂ©s.

Le vrai danger n’est pas seulement le trafic perdu : c’est de dĂ©couvrir trop tard que les contenus les plus coĂ»teux servent Ă  alimenter une interface qui retient l’utilisateur ailleurs.

Comment les Ă©diteurs peuvent reprendre la main aprĂšs le dĂ©ploiement de l’intelligence artificielle

La saisine de l’AutoritĂ© de la concurrence ne ferme pas la porte Ă  une nĂ©gociation. L’Alliance de la presse le dit explicitement : les Ă©diteurs sont prĂȘts Ă  contribuer aux nouveaux usages de l’intelligence artificielle, Ă  condition que la relation soit Ă©quilibrĂ©e. C’est une position pragmatique. Refuser toute Ă©volution serait vain ; accepter n’importe quelle condition serait suicidaire.

PremiĂšre action : bĂątir un inventaire de contenus rĂ©ellement diffĂ©renciants. Beaucoup de sites empilent des milliers d’articles sans savoir lesquels crĂ©ent une valeur unique. Il faut repĂ©rer les enquĂȘtes, archives, bases de donnĂ©es, photographies, chronologies et expertises locales qui ne peuvent pas ĂȘtre remplacĂ©es par une synthĂšse gĂ©nĂ©rique. C’est ce patrimoine qui donne du poids dans une discussion avec une plateforme.

DeuxiĂšme action : organiser les donnĂ©es d’audience avec une logique de dĂ©cision. Une rĂ©daction doit croiser les performances SEO, les conversions en abonnement, la provenance des lecteurs et la durĂ©e de lecture. La question n’est pas seulement « quelle page gĂ©nĂšre du volume ? », mais « quelle page attire un public susceptible de revenir, de s’inscrire ou de payer ? ».

TroisiĂšme action : exiger des modalitĂ©s d’opt-out rĂ©ellement granulaires. Un Ă©diteur devrait pouvoir autoriser certains usages, en refuser d’autres, comprendre les consĂ©quences techniques de ses choix et ne pas subir une pĂ©nalitĂ© cachĂ©e dans les rĂ©sultats. Si le refus de l’usage gĂ©nĂ©ratif entraĂźne une disparition massive de la recherche classique, le consentement ressemble Ă  une formalitĂ© sans libertĂ©.

QuatriĂšme action : renforcer le lien direct avec le public. Newsletter, applications, alertes, Ă©vĂ©nements locaux, abonnements thĂ©matiques et communautĂ©s de lecteurs ne remplacent pas Google du jour au lendemain. En revanche, ils rĂ©duisent la dĂ©pendance. Un mĂ©dia dont 80 % de l’audience dĂ©pend d’un seul canal avance avec une roue crevĂ©e sans roue de secours.

  1. đŸ§± Cartographier les contenus stratĂ©giques et documenter leur coĂ»t de production.
  2. 📊 Mesurer les pertes de clics par requĂȘte, thĂšme et format depuis l’arrivĂ©e des aperçus IA.
  3. ⚖ Formaliser les exigences contractuelles : autorisation, transparence, rĂ©munĂ©ration et recours.
  4. ✉ DĂ©velopper les canaux propriĂ©taires pour transformer un lecteur occasionnel en audience directe.
  5. 🔐 ProtĂ©ger la valeur Ă©ditoriale sans saboter sa propre dĂ©couvrabilitĂ© dans les moteurs.

Ce mouvement concerne aussi les entreprises qui publient des contenus experts. Un cabinet, un industriel ou une marque B2B peut voir ses fiches techniques absorbĂ©es dans des rĂ©ponses gĂ©nĂ©ratives sans capter la demande commerciale derriĂšre. La stratĂ©gie reste la mĂȘme : publier ce qui apporte une preuve, une donnĂ©e propriĂ©taire, une mĂ©thode et un point de contact utile. Le contenu sans substance sera commoditisĂ© ; le contenu vĂ©rifiable conservera une valeur.

La presse d’information gĂ©nĂ©rale joue ici un rĂŽle particulier, car elle produit une matiĂšre premiĂšre dĂ©mocratique : faits vĂ©rifiĂ©s, alertes locales, contradictions, enquĂȘtes et dĂ©bats publics. Si son financement s’érode, ce ne sont pas seulement des mĂ©triques qui baissent. C’est la capacitĂ© collective Ă  accĂ©der Ă  des informations sourcĂ©es qui recule, pendant que les interfaces de synthĂšse prennent davantage de place.

La prochaine Ă©tape est simple : mesurer, nĂ©gocier et construire des accĂšs directs avant que la dĂ©pendance Ă  la recherche gĂ©nĂ©rative ne devienne une habitude irrĂ©versible. ⚡

Pourquoi l’Alliance de la presse a-t-elle saisi l’AutoritĂ© de la concurrence ?

Elle estime que Google a lancĂ© AI Overviews et AI Mode en France avant la conclusion d’une nĂ©gociation transparente sur l’utilisation des contenus de presse et leur rĂ©munĂ©ration.

Que sont AI Overviews et AI Mode de Google ?

AI Overviews affiche des synthÚses générées par Gemini au-dessus des résultats classiques. AI Mode propose une recherche conversationnelle permettant de poser des questions successives.

Quel est le lien avec le droit voisin de la presse ?

Le droit voisin prĂ©voit que l’utilisation des contenus de presse par les plateformes doit reposer sur une autorisation prĂ©alable et une rĂ©munĂ©ration nĂ©gociĂ©e.

Les Ă©diteurs sont-ils opposĂ©s Ă  l’intelligence artificielle ?

Non. L’Alliance de la presse indique ĂȘtre ouverte aux nouveaux usages, Ă  condition qu’ils reposent sur un cadre Ă©quilibrĂ©, transparent et rĂ©munĂ©rateur.

Que doivent surveiller les sites aprĂšs l’arrivĂ©e des rĂ©ponses IA ?

Ils doivent suivre l’évolution des clics, du taux de clic, des requĂȘtes informationnelles et de la visibilitĂ© rĂ©elle de leurs contenus lorsque des rĂ©ponses gĂ©nĂ©ratives apparaissent.

5 rĂ©flexions sur “L’Alliance de la presse d’information gĂ©nĂ©rale saisit l’AutoritĂ© de la concurrence suite au dĂ©ploiement des nouvelles fonctionnalitĂ©s IA de Google”

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