AprĂšs des annĂ©es Ă regarder les GPU rafler toute la lumiĂšre, les CPU reprennent une place centrale dans les infrastructures dâIA. Ce retour nâa rien de nostalgique : il rĂ©pond Ă des besoins trĂšs concrets de calcul, dâorchestration et dâexĂ©cution que les cartes graphiques ne couvrent pas seules. âïž
Allergique aux pavĂ©s ? VoilĂ ce qu’il faut retenir.
| RepĂšre | Ce quâil faut surveiller | Impact concret |
|---|---|---|
| â IA agentique | Les agents doivent naviguer, lire, coder, lancer des outils et vĂ©rifier leurs rĂ©sultats. | đ§ Les CPU deviennent indispensables pour piloter ces sĂ©quences variĂ©es. |
| đŠ Tension sur les stocks | Les dĂ©lais Intel et AMD sont passĂ©s dâenviron deux semaines Ă 8-12 semaines, parfois davantage. | â±ïž Les projets cloud et datacenters doivent anticiper leurs achats. |
| đž Hausse des prix | Les contrats de processeurs serveur montent gĂ©nĂ©ralement de 10 Ă 15 %. | đ La puissance de calcul redevient un sujet budgĂ©taire. |
| đ FenĂȘtre europĂ©enne | Arm, SiPearl, les sites de Dresde et la recherche dâImec changent la donne. | đ LâEurope peut sĂ©curiser une partie de son architecture numĂ©rique. |
Pourquoi la renaissance des CPU bouleverse le calcul IA
Le scĂ©nario Ă©tait presque Ă©crit dâavance : depuis la dĂ©ferlante ChatGPT, le GPU semblait ĂȘtre lâunique piĂšce sĂ©rieuse du jeu. Les accĂ©lĂ©rateurs Nvidia ont portĂ© lâentraĂźnement des grands modĂšles de langage, avec une capacitĂ© Ă traiter Ă©normĂ©ment dâopĂ©rations semblables au mĂȘme moment. Pour entraĂźner un rĂ©seau neuronal sur des volumes massifs, cette logique parallĂšle reste redoutablement efficace. Câest aussi ce qui a poussĂ© les dĂ©lais de livraison des H100 jusquâĂ environ onze mois pendant la pĂ©riode de tension de 2023 et 2024.
Mais lâIA ne se limite plus Ă gĂ©nĂ©rer un paragraphe ou une image sur commande. Les entreprises dĂ©ploient dĂ©sormais des agents capables dâouvrir une interface web, de chercher une information dans une base documentaire, dâĂ©crire un script, de le tester, de relancer une Ă©tape et de transmettre un rĂ©sultat Ă un humain. Cette mĂ©canique est moins spectaculaire quâune dĂ©monstration vidĂ©o de robot conversationnel. Elle est pourtant bien plus proche du boulot rĂ©el.
Dans cette chaĂźne, le CPU retrouve son terrain de prĂ©dilection : gĂ©rer des tĂąches hĂ©tĂ©rogĂšnes, des dĂ©cisions conditionnelles, des accĂšs mĂ©moire, des services et des entrĂ©es-sorties. Un GPU adore rĂ©pĂ©ter une opĂ©ration mathĂ©matique sur des milliers de donnĂ©es. Un processeur gĂ©nĂ©raliste sait basculer proprement entre un navigateur, un moteur de rĂšgles, une base SQL, une API mĂ©tier et une machine virtuelle. Quand un agent doit faire cinq choses diffĂ©rentes dans le bon ordre, câest cette souplesse qui compte.
Le cas fictif de la PME bordelaise Atelier Nord lâillustre bien. Son Ă©quipe avait misĂ© sur une plate-forme IA trĂšs orientĂ©e GPU pour automatiser la qualification de demandes clients. RĂ©sultat : le modĂšle rĂ©pondait vite, mais chaque action autour du modĂšle saturait lâinfrastructure. Extraction des piĂšces jointes, vĂ©rification des coordonnĂ©es, interrogation du stock, gĂ©nĂ©ration du devis, journalisation des dĂ©cisions : toutes ces briques demandaient surtout de la puissance processeur classique. Le problĂšme nâĂ©tait pas le modĂšle. Le problĂšme, câĂ©tait lâarchitecture pensĂ©e comme une vitrine, pas comme une chaĂźne de production.
Une fois le ratio de machines revu, les GPU ont Ă©tĂ© rĂ©servĂ©s aux phases de gĂ©nĂ©ration et de classement lourd. Les CPU ont pris en charge la coordination, les conteneurs, les bases de donnĂ©es et lâexĂ©cution des outils. Les coĂ»ts ont cessĂ© de dĂ©river, les files dâattente ont diminuĂ© et les Ă©quipes ont enfin pu mesurer ce qui consommait rĂ©ellement des ressources. Pas de magie : juste une rĂ©partition adaptĂ©e aux usages.
- 𧟠GPU : entraßnement, inférence massive, calcul parallÚle et traitements matriciels.
- đ CPU : orchestration, routage, automatisation, API, navigation web et rĂšgles mĂ©tier.
- đ§ MĂ©moire : conservation des contextes, accĂšs aux donnĂ©es et stabilitĂ© des charges.
- đĄ RĂ©seau : circulation des rĂ©sultats entre modĂšles, outils et environnements cloud.
Le retour des processeurs ne signifie donc pas que le GPU est devenu inutile. Penser ça serait aussi malin que de remplacer tous les tournevis dâun atelier par des marteaux. Lâinnovation vient du mĂ©lange : un accĂ©lĂ©rateur pour le calcul massif, un CPU pour dĂ©cider quoi faire ensuite, de la mĂ©moire pour garder le contexte et une couche logicielle pour ne pas transformer le tout en usine Ă bugs.
Le ratio CPU/GPU dans les serveurs accĂ©lĂ©rĂ©s est dĂ©jĂ passĂ© dâenviron un CPU pour quatre GPU Ă un pour deux. La tendance va vers lâĂ©quilibre dans de nombreux environnements agentiques. DerriĂšre ce chiffre, il y a une vĂ©ritĂ© simple : plus une IA agit dans des systĂšmes rĂ©els, plus elle a besoin dâun chef dâorchestre solide. La renaissance des CPU commence prĂ©cisĂ©ment lĂ oĂč lâIA cesse dâĂȘtre une dĂ©mo pour devenir une opĂ©ration mĂ©tier.

Délais, stocks et prix des processeurs : le marché CPU sous pression
Le rĂ©veil du marchĂ© ne se constate pas uniquement dans les prĂ©sentations dâinvestisseurs. Il se voit dans les bons de commande. Les dĂ©lais pour certains processeurs Intel et AMD, auparavant livrables en une ou deux semaines, sâĂ©tendent dĂ©sormais frĂ©quemment entre huit et douze semaines. Certaines rĂ©fĂ©rences Intel peuvent exiger jusquâĂ six mois. Les stocks de CPU serveur du groupe amĂ©ricain sont annoncĂ©s sous forte contrainte au moins jusquâĂ la fin de lâannĂ©e.
Ce dĂ©calage rappelle une rĂšgle que beaucoup de directions techniques oublient dĂšs que les prix se calment : une usine de semi-conducteurs ne se redimensionne pas Ă la vitesse dâun tableur. Ajouter de la capacitĂ© implique des Ă©quipements lourds, des chaĂźnes de qualification, des wafers, des tests, de lâassemblage et une logistique internationale. Pendant que lâindustrie poussait ses moyens de production vers les accĂ©lĂ©rateurs IA, le marchĂ© des CPU semblait mature et relativement stable. Il nâavait pas prĂ©vu cette reprise aussi brutale.
AWS a lui-mĂȘme demandĂ© Ă ses ingĂ©nieurs de limiter lâusage des cycles CPU. Quand un gĂ©ant du cloud, rĂ©putĂ© pour son pouvoir dâachat et ses capacitĂ©s dâoptimisation, commence Ă chasser les cycles inutiles, le signal mĂ©rite dâĂȘtre lu correctement. Il ne dit pas que le cloud manque de machines partout. Il dit que chaque cĆur disponible a repris de la valeur sur les charges les plus demandĂ©es.
Les tarifs suivent forcĂ©ment. Les hausses observĂ©es tournent souvent entre 10 et 15 % pour les offres serveur. Certains contrats destinĂ©s Ă des clients chinois ont enregistrĂ© des bonds dĂ©passant 40 %. Une entreprise qui budgĂšte son infrastructure IA avec les prix de lâan dernier risque donc une belle collision avec la rĂ©alitĂ©. Le piĂšge classique consiste Ă ne compter que les GPU visibles sur la facture, alors que lâensemble CPU, RAM, stockage, rĂ©seau et licences dâorchestration peut peser trĂšs lourd.
Comment Ă©viter dâacheter de la puissance au mauvais moment
Pour un Ă©diteur de logiciel ou un e-commerçant, la premiĂšre action utile consiste Ă cartographier les charges. Pas besoin dâun audit de cinquante slides : il faut savoir quels services prennent du CPU, lesquels consomment du GPU et lesquels attendent surtout la base de donnĂ©es. Cette photographie Ă©vite de commander du matĂ©riel hors de prix pour corriger un problĂšme de code, de cache ou de requĂȘtes SQL mal fichues.
Atelier Nord, repris comme fil conducteur, avait commencĂ© par demander davantage de serveurs parce que son assistant commercial ralentissait Ă certaines heures. Lâanalyse a rĂ©vĂ©lĂ© que 38 % du temps Ă©tait gaspillĂ© dans des appels redondants vers un service de recherche documentaire. En introduisant un cache et une file de tĂąches, la charge CPU a baissĂ© sans nouveau matĂ©riel. VoilĂ ce qui marche : mesurer avant dâacheter. Tout le reste ressemble Ă un panier dâachat lancĂ© sous stress.
- đ Relever lâutilisation des cĆurs, la latence mĂ©moire et les files dâattente sur une pĂ©riode reprĂ©sentative.
- đ SĂ©parer les calculs dâIA, les requĂȘtes de donnĂ©es, les tĂąches web et les traitements batch.
- 𧰠Optimiser les processus inutiles avant de négocier une nouvelle capacité cloud ou serveur.
- đ Commander les composants critiques avec une marge de calendrier rĂ©aliste, pas la veille dâun lancement.
- đ€ PrĂ©voir plusieurs fournisseurs lorsque lâactivitĂ© dĂ©pend dâune rĂ©fĂ©rence de processeur prĂ©cise.
Cette tension est aussi une bonne nouvelle pour les organisations disciplinĂ©es. Les Ă©quipes qui connaissent leur consommation peuvent nĂ©gocier, dĂ©placer certains traitements et rĂ©server leur puissance aux processus qui crĂ©ent du chiffre. Les autres paieront plus cher des serveurs gonflĂ©s Ă lâaveugle. Sur un marchĂ© tendu, lâobservabilitĂ© nâest pas un gadget technique : câest un levier de marge.
Intel, Nvidia et Arm : quels acteurs profitent du retour en force des processeurs
La remontĂ©e des CPU redistribue les cartes sans les mĂ©langer au hasard. Intel, longtemps prĂ©sentĂ© comme un acteur Ă la traĂźne face Ă Nvidia sur lâIA, profite directement de la demande pour son mĂ©tier historique. Au deuxiĂšme trimestre, le groupe a publiĂ© un chiffre dâaffaires de 16,1 milliards de dollars, soit une progression annuelle de 25 %. Les analystes attendaient environ 14,4 milliards : lâĂ©cart a envoyĂ© un message clair au marchĂ©.
Le segment Data Center and AI dâIntel a atteint 6,3 milliards de dollars, avec une hausse de 59 % sur un an. Ce chiffre ne transforme pas instantanĂ©ment lâentreprise en champion incontestable de lâintelligence artificielle. Il montre plutĂŽt que les clients ne construisent plus leurs infrastructures autour dâune seule famille de puces. Le CPU a repris du poids dans les cahiers des charges, et Intel possĂšde encore une expertise industrielle, logicielle et commerciale massive sur ce terrain.
Le discours de Lip-Bu Tan, dirigeant dâIntel, va dans ce sens : le CPU serait redevenu une fondation de lâĂšre IA. Ce nâest pas juste une formule destinĂ©e Ă rassurer les marchĂ©s. Les clients veulent des systĂšmes capables de gĂ©rer des agents, des bases, des systĂšmes de sĂ©curitĂ©, des services internes et des applications hĂ©ritĂ©es. La performance dâun datacenter ne se rĂ©sume jamais au benchmark le plus flatteur sur une slide.
Nvidia reste Ă©videmment dans la partie. Le fabricant nâa pas bĂąti sa domination en dormant au volant. Avec Vera, son CPU basĂ© sur lâarchitecture Arm et intĂ©grĂ© Ă la plate-forme Vera Rubin, lâentreprise prĂ©pare des systĂšmes oĂč accĂ©lĂ©rateurs et processeurs travaillent ensemble dĂšs la conception. Câest une rĂ©ponse logique au virage agentique : vendre des GPU seuls ne suffit plus lorsque les clients demandent une plate-forme complĂšte, capable dâexĂ©cuter puis de piloter lâaction.
Arm avance aussi ses pions. Lâarchitecture britannique, dĂ©tenue par SoftBank, sert de base aux CPU de Nvidia et Ă de nombreux projets de serveurs. Au premier trimestre, les serveurs Arm ont reprĂ©sentĂ© plus de 45 % du chiffre dâaffaires du marchĂ© des CPU de datacenter. Attention Ă bien comprendre la nuance : il ne sâagit pas seulement dâune bataille de marques. Arm commercialise une architecture, câest-Ă -dire un socle sur lequel dâautres entreprises peuvent concevoir leurs propres puces. Cette approche attire les acteurs qui veulent optimiser la consommation Ă©nergĂ©tique ou maĂźtriser plus finement leur matĂ©riel.
Meta compte parmi les premiers clients du processeur serveur propre Ă Arm, arrivĂ© sur le marchĂ© au printemps. Cette adoption est stratĂ©gique : les trĂšs grands opĂ©rateurs ne cherchent plus uniquement la puce la plus rapide. Ils cherchent le meilleur rapport entre puissance, coĂ»t Ă©nergĂ©tique, disponibilitĂ© logicielle et capacitĂ© Ă dĂ©ployer Ă grande Ă©chelle. Le processeur gagnant est celui qui tient dans lâensemble du systĂšme, pas celui qui gagne une course isolĂ©e.
Pour les responsables techniques, la leçon est nette. Acheter une marque par rĂ©flexe nâa plus de sens. Il faut Ă©valuer la compatibilitĂ© des applications, les outils de compilation, les bibliothĂšques IA, la capacitĂ© mĂ©moire, le coĂ»t dâexploitation et la feuille de route du fournisseur. Un CPU trĂšs dense en cĆurs peut ĂȘtre excellent pour des conteneurs ; il sera moins pertinent pour une application ancienne verrouillĂ©e sur une pile logicielle prĂ©cise.
Ceux qui veulent observer les frontiĂšres mouvantes entre logiciel, vivant et automatisation peuvent aussi lire cette analyse sur les xenobots et leurs usages hybrides. Le parallĂšle est utile : dans les technologies Ă©mergentes, lâobjet le plus impressionnant nâest pas toujours celui qui crĂ©e la valeur. Câest souvent lâĂ©cosystĂšme capable de lâexploiter proprement.
Le grand retour des CPU ne couronne pas un vainqueur unique : il oblige Intel, Nvidia, Arm et AMD Ă vendre des architectures complĂštes plutĂŽt que des promesses en silicium.
IA agentique et performance : bĂątir une architecture CPU-GPU qui tient la route
LâIA agentique nâest pas un simple chatbot avec une cravate. Un agent reçoit un objectif, dĂ©coupe le travail, choisit des outils, exĂ©cute des actions et contrĂŽle le rĂ©sultat. Pour rĂ©server une intervention technique, par exemple, il peut lire un e-mail, identifier un Ă©quipement, vĂ©rifier un contrat, consulter un planning, prĂ©parer une proposition et enregistrer lâopĂ©ration dans un CRM. Ă chaque Ă©tape, il doit communiquer avec un systĂšme diffĂ©rent.
Câest exactement lĂ que la distinction entre CPU et GPU devient opĂ©rationnelle. La gĂ©nĂ©ration de texte ou lâanalyse dâimages peut sâappuyer sur un GPU. Mais lâouverture dâun navigateur, lâexĂ©cution dâun script, la vĂ©rification dâun droit dâaccĂšs, la crĂ©ation dâun document PDF et la reprise aprĂšs erreur mobilisent surtout les processeurs gĂ©nĂ©ralistes. Ce sont des tĂąches irrĂ©guliĂšres, souvent dĂ©pendantes dâĂ©vĂ©nements externes et de la mĂ©moire disponible.
Le bon rĂ©flexe consiste Ă dessiner le flux complet avant de choisir une machine. Une entreprise qui veut automatiser son support ne doit pas se demander « combien de GPU faut-il ? ». Elle doit demander : quels documents seront lus, quelles donnĂ©es sont sensibles, combien de requĂȘtes seront simultanĂ©es, quelle validation humaine reste obligatoire et quelles actions peuvent casser quelque chose ? Cette sĂ©rie de questions semble moins glamour quâun benchmark. Elle Ă©vite pourtant les infrastructures qui brillent en dĂ©monstration et sâĂ©croulent en production.
Le cas pratique dâun agent de support client
Chez Atelier Nord, un agent reçoit cent demandes quotidiennes pendant les pics de saison. Le modĂšle de langage classe les intentions et rĂ©dige une rĂ©ponse initiale. Un CPU coordonne ensuite les accĂšs au catalogue, Ă lâhistorique client et au transporteur. Si une commande paraĂźt inhabituelle, lâautomate arrĂȘte la procĂ©dure et transmet un dossier Ă un opĂ©rateur. Ce garde-fou est essentiel : lâautonomie utile nâest pas celle qui agit sans limite, câest celle qui sait quand elle doit sâarrĂȘter.
La pile technique peut ĂȘtre pensĂ©e en quatre couches. Dâabord, le modĂšle : GPU ou service externe selon le volume. Ensuite, le moteur dâorchestration : CPU, files de messages et conteneurs. Puis les donnĂ©es : mĂ©moire, bases documentaires, index de recherche et stockage. Enfin, la sĂ©curitĂ© : journalisation, autorisations, chiffrement et validation des actions coĂ»teuses. Retirer lâune de ces couches revient Ă monter une voiture avec un trĂšs gros moteur et sans freins.
La consommation mĂ©moire reprend aussi de lâimportance. Les agents conservent des contextes, manipulent des documents et maintiennent plusieurs processus ouverts. Ajouter des cĆurs sans mĂ©moire adaptĂ©e produit un serveur qui attend ses donnĂ©es au lieu de travailler. La performance ne dĂ©pend jamais dâune seule fiche technique. Elle dĂ©pend de lâĂ©quilibre entre cĆur, cache, RAM, rĂ©seau et logiciel.
Pour les équipes marketing et SEO, cette évolution ouvre un champ concret. Des agents peuvent analyser des contenus, détecter les pages cannibalisées, vérifier la disponibilité de produits ou générer des briefs structurés. Mais brancher un agent sur la production sans rÚgles revient à laisser un stagiaire surexcité modifier les balises de cinq mille pages. Il faut limiter les permissions, enregistrer chaque action et tester sur un environnement isolé.
Lâexemple des crĂ©atures hybrides Ă©tudiĂ©es par les chercheurs rappelle une Ă©vidence : une technologie devient intĂ©ressante quand elle interagit avec son environnement de façon contrĂŽlĂ©e. Pour les agents numĂ©riques, lâenvironnement, ce sont vos donnĂ©es, vos outils et vos clients. Les CPU sont les rouages qui rendent cette interaction fiable.
Une IA agentique rentable nâest pas celle qui calcule le plus vite : câest celle qui exĂ©cute le bon enchaĂźnement, au bon coĂ»t, avec le bon niveau de contrĂŽle.
Europe, souveraineté et innovation CPU : une occasion à ne pas saboter
Le retour des processeurs arrive Ă un moment intĂ©ressant pour lâEurope. Le continent a pris du retard dans la chaĂźne des GPU de pointe, avec une fonderie largement dominĂ©e par TSMC et des acteurs amĂ©ricains puissants sur les architectures et les logiciels de conception. Sur les CPU, le tableau est moins fermĂ©. LâEurope possĂšde des usines sur des nĆuds matures, des compĂ©tences de recherche solides et des entreprises capables de jouer un rĂŽle ciblĂ© dans les serveurs, lâembarquĂ©, la sĂ©curitĂ© et le supercalcul.
Dresde concentre notamment plusieurs actifs industriels, avec ESMC et la Smart Power Fab dâInfineon. La Belgique dispose dâImec, institut de recherche reconnu dans le domaine des semi-conducteurs. En France et Ă lâĂ©chelle europĂ©enne, SiPearl reprĂ©sente une initiative concrĂšte : issue du programme European Processor Initiative, lâentreprise dĂ©veloppe Rhea1, un processeur serveur destinĂ© notamment au supercalculateur Jupiter installĂ© en Allemagne.
Ce nâest pas le moment de raconter que lâEurope va « rattraper son retard » par la force dâun slogan. Les puces demandent des annĂ©es de recherche, des capitaux considĂ©rables, des chaĂźnes fournisseurs et une clientĂšle qui accepte de dĂ©ployer les solutions. La Cour des comptes europĂ©enne estime que lâUnion pourrait atteindre seulement 11,7 % de la production mondiale de semi-conducteurs en 2030. Lâobjectif de 20 % affichĂ© par le Chips Act nĂ©cessiterait environ 251 milliards dâeuros dâinvestissement, une somme trĂšs supĂ©rieure aux financements actuellement mobilisĂ©s.
Le futur Cloud and AI Development Act, souvent dĂ©signĂ© par lâacronyme CADA, peut nĂ©anmoins devenir un levier sĂ©rieux. En prĂ©voyant plusieurs niveaux de souverainetĂ© pour les achats publics sensibles, il pourrait rĂ©server une part de la demande Ă des fournisseurs europĂ©ens ou considĂ©rĂ©s comme fiables. Ce mĂ©canisme ne remplace pas lâinnovation industrielle. Il crĂ©e un dĂ©bouchĂ©. Et sans dĂ©bouchĂ©, mĂȘme le meilleur processeur reste une belle piĂšce de silicium dans un tiroir.
Ce que les entreprises européennes peuvent faire maintenant
Les entreprises ne doivent pas attendre une grande annonce politique pour agir. Elles peuvent identifier les applications qui exigent rĂ©ellement un hĂ©bergement local, vĂ©rifier les dĂ©pendances Ă des architectures Ă©trangĂšres et prĂ©voir des scĂ©narios de migration. Lâobjectif nâest pas de bannir les fournisseurs internationaux : ce serait irrĂ©aliste et coĂ»teux. Lâobjectif est dâĂ©viter quâun seul incident logistique, commercial ou rĂ©glementaire bloque toute la capacitĂ© de calcul.
- đȘđș Cartographier les composants critiques des services numĂ©riques et leur pays de dĂ©pendance.
- đ Tester les solutions europĂ©ennes sur des charges concrĂštes plutĂŽt que sur des discours institutionnels.
- ⥠Mesurer lâefficacitĂ© Ă©nergĂ©tique par tĂąche exĂ©cutĂ©e, pas seulement la frĂ©quence annoncĂ©e.
- đïž IntĂ©grer les contraintes de souverainetĂ© dĂšs lâarchitecture, avant la signature des contrats cloud.
- đ Former les Ă©quipes aux architectures Arm, x86 et aux environnements ouverts pour Ă©viter lâenfermement.
Une PME peut commencer petit : un environnement de test, une charge analytique non critique, un serveur de dĂ©veloppement ou un traitement batch. Cette approche produit des donnĂ©es rĂ©elles sur les performances, les coĂ»ts et la compatibilitĂ©. Elle vaut mieux quâun grand discours sur lâindĂ©pendance numĂ©rique rĂ©citĂ© entre deux appels dâoffres.
La renaissance des CPU offre donc une fenĂȘtre stratĂ©gique. Elle ne garantit rien, mais elle remet sur la table une technologie oĂč lâEurope a des cartes industrielles, scientifiques et rĂ©glementaires Ă jouer. La puissance ne viendra pas dâune promesse : elle viendra dâinvestissements patients, de commandes rĂ©elles et dâarchitectures conçues pour durer.
Pourquoi les CPU redeviennent-ils essentiels pour lâintelligence artificielle ?
Les GPU restent trĂšs efficaces pour les calculs massivement parallĂšles, notamment lâentraĂźnement des modĂšles. Les CPU reprennent de lâimportance car les agents IA doivent orchestrer des outils, exĂ©cuter du code, accĂ©der Ă des bases de donnĂ©es, gĂ©rer des API et prendre des dĂ©cisions conditionnelles.
Faut-il remplacer les GPU par des processeurs CPU ?
Non. Une infrastructure IA efficace combine les deux : GPU pour les traitements matriciels lourds et CPU pour lâorchestration, les services, les accĂšs aux donnĂ©es et les tĂąches variĂ©es. Le bon choix dĂ©pend du flux applicatif rĂ©el.
Pourquoi les délais de livraison des processeurs augmentent-ils ?
La demande des datacenters progresse plus vite que les capacitĂ©s de production. Les fabricants avaient consacrĂ© une part importante de leurs ressources aux accĂ©lĂ©rateurs IA, tandis que les chaĂźnes de fabrication de CPU nâĂ©taient pas dimensionnĂ©es pour une reprise aussi rapide.
Quel est le principal risque lors dâun projet dâIA agentique ?
Le risque majeur consiste Ă acheter de la puissance de calcul sans avoir mesurĂ© les charges ni sĂ©curisĂ© les actions de lâagent. Il faut surveiller les accĂšs aux donnĂ©es, les coĂ»ts CPU et GPU, la mĂ©moire, les files dâattente et les validations humaines.



Bravo Basil ! Cet article donne un super éclairage sur le retour des CPU en IA.